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Côté cour, côté jardin

il y a 18 heures
3 min de lecture

Le dos contre les moellons pourpres, à l’heure où le jardin ne gardait plus que ses contours, à quel spectacle était-il encore possible de se prêter ? Déjà les grains se reposaient dans les greniers et les grillons grognaient de la maigreur de ce monde. À croire que le sol, ayant rangé ses merveilles, abandonnait désormais à l’esprit la charge de nous enchanter. Alors, le long du chemin brun, une lanterne tressaute. Précédant un fatigué dont les yeux, à force d’avoir trop vu, avaient fini par en tirer tout le corps vers l’avant.


Trois fois le fatigué interrompit sa marche, le temps de se défaire de quelque tourment sous son manteau gris. Et puis, à chacune de ses haltes, d’un des plis de sa cape tomba une couleuvre qui se mit à ramper derrière lui. À la troisième, il se retourna et aussitôt, les couleuvres rompirent leur file pour se disperser dans les herbes. Il les regarda disparaître sans les chasser ni les rappeler. Après un instant, le fatigué reprit son chemin, et sa lumière s’éloigna avec lui, puis se fit petite, si petite qu’elle finit par se confondre avec les derniers éclats de la nuit.





Le 6 septembre 2026, LESSIA a participé à la 11e édition de la Balade en Arts et en Musique de Maisons-Laffitte. Pour cette journée, treize de ses peintures ont investi l’intérieur d’une maison de l’avenue du Château. Un contexte unique, où les œuvres se sont mêlées aux meubles, aux objets et au quotidien d’un espace habité.


Le vert appartient volontiers aux commencements. Aux jeunes pousses comme aux fruits qui attendent encore de mûrir. Dans la maison il s’était installé dans cette enclave où plusieurs peintures se réunissent autour du jardin, de l’ignorance et de la première partie de l’existence. On y compte trois visages comme autant de façons d’habiter cet âge. Les yeux se ferment encore sur ce qu’ils ne connaissent pas. Dehors les fruits et les animaux appellent les premières curiosités, celles par lesquelles on découvre tout du monde et sa propre place en son sein. Même les chaussures sagement alignées semblent apprendre à marcher en regardant les autres, à poser ses pas dans ceux qui précèdent et à poursuivre inexorablement une route dont on a depuis longtemps oublié qui, le premier, en avait choisi la direction.





Lorsque le soleil laisse sa place aux étoiles, il vient le temps de rentrer. Retrouver la chaleur du foyer et observer les ombres qui dansent sur les parois. C’est là que plusieurs portraits de femmes semblent s’être attardés. Si pensives que leurs idées finissent presque par devenir visibles sur le mur d’en face. À chaque visage répond une apparition, une fois désirée, une autre fois redoutée, comme si la peinture avait séparé la rêveuse de son songe pour mieux les placer face à face.


Le portrait ne livre plus son sujet de face, comme s’il suffisait d’en observer les traits pour le connaître. Il entrouvre plutôt un passage vers ses idées, une préoccupation prend forme autour de lui. Ce n’est plus la femme qui s’offre à la vue mais son monde qui s’étend au-dehors. Elle demeure immobile tandis que ses pensées s’éloignent, se croisent et gagnent la pièce.





Et puis il y eut les chevaux. Ils étaient dix à attendre leur première sortie, huit assez petits pour avoir tenu autrefois dans le creux d’une main et deux étant devenus beaucoup trop grands pour cela. Rouges et verts, en jouets ou en chair, ils galopent dans les vastes plaines tandis que leurs cavaliers gardent leurs jambes nues à terre. Le bruit de leur marche donne la cadence aux longues explorations endormies. Ils vont chercher au loin les choses que le jour abandonne, les visages perdus, les désirs sans demeure et ces histoires anciennes qui passent d’un sommeil à l’autre sans jamais trouver de fin. Ils courent là où les distances n’ont plus de mesure, où le souvenir peut précéder la rencontre et où demain emprunte parfois les traits d’hier. Toute la nuit leur appartient.


Le jour peut bien revenir, quelque part les chevaux poursuivent leur course. Il suffit peut-être de fermer les yeux pour entendre encore leurs sabots battre au loin dans la ville…




 
 
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